Biographie

TCHEKA, le nouveau musicien de la musique traditionnelle Cap Verdienne

Le lundi 20 octobre 2003.

Manuel Lopes Andrade, ou plus simplement Tcheka, est né le 20 Juillet 1973, au port de Ribeira Barca, commune de Santa Catarina, sur l'île de Santiago, la plus africaine des îles de l'archipel du Cap-Vert. Il commence très tôt à faire de la musique aux côtés de son père, Nho Raul Andrade, un violoniste très populaire dans les bals et les fêtes de villages de l'île. Tcheka est à bonne école : ses fausses notes lui valent un coup d'archet, mais il apprend vite et se fait remarquer dans toutes les fêtes, mariages, baptêmes, … Pourtant Tcheka a d'autres ambitions. A 15 ans, il commence à développer un style plus personnel basé sur le batuque, un des rythmes populaires de l'île de Santiago originellement dévolu aux femmes. Man'ba des bes kumida dâ l'une de ses premières compositions, montre clairement la direction musicale que le jeune musicien souhaite prendre : tirer le batuque vers plus d'universalité, pour en faire un rythme qui parle à tout le monde. Mais il faut aussi vivre, et le jeune homme quitte sa campagne pour Praia où il devient cameraman à la télévision nationale. Un travail grâce auquel il peut voyager et élargir son horizon. A Praia, Tcheka rencontre le journaliste Julio Rodrigues, avec qui il signe plusieurs compositions. Ils jouent de façon informelle dans les bars de la capitale capverdienne. D'autres musiciens se joignent rapidement à eux : le percussionniste Pery, le bassiste Kizo , le flûtiste Robert Pemberton (un Ecossais qui habite au Cap-Vert) et, plus récemment, le percussionniste Raul. A Praia, aujourd'hui, Tcheka est reconnu pour faire sur le batuque, le même travail de modernisation qu'avait entrepris Catchas dans les années 70 à propos du funana, l'autre rythme roi de Santiago. Donner une nouvelle interprétation du batuque, tout en en respectant ses structures traditionnelles : c'est le message porté par le premier album de Tcheka, intitulé Argui ! (en créole : se lever, se mettre debout).

Note sur le Batuque : Le batuque est un rythme particulier à l'île de Santiago dans l'archipel du Cap-Vert. Il transmet la mémoire collective et l'identité d'un peuple. Né en marge des travaux des champs, le batuque est traditionnellement réservé aux femmes : assises en cercle, elles frappent sur la "tchabeta", un ballot de tissus, en général des pagnes empilés, qu'elles roulent et placent entre leurs cuisses. Véritables tambours d'étoffes, c'est l'épaisseur et la compression de ces tissus qui produisent la variété des sons. Le batuque accompagne un chant, la "finaçon", que les femmes improvisent au gré de leur auditoire et des circonstances. Selon la tradition africaine, les chanteuses commentent les événements du village et célèbrent les fêtes agraires, les naissances, les mariages, les décès. Parfois l'une ou l'autre pénètre le "terrero" (l'intérieur du cercle) pour danser. Aujourd'hui la rigidité de la tradition vole en éclat : d'un côté les femmes, ne portant plus guère de pagnes, fabriquent leurs tambours avec des sacs en plastique, qui empilés et pliés selon la coutume, produisent des sons d'une grande richesse (à écouter : l'album de Terrero), et de l'autre côté des jeunes hommes (Tcheka n'est pas le seul) s'emparent de ces formes traditionnelles, batuque ou finaçon, qui les ont bercés durant leur enfance, pour mieux affirmer leur identité africaine.

TCHEKA « Argui ! » CD Lusafrica 023132 (dist. en France : Harmonia Mundi)

promo@lusafrica.com


Répondre à cet article

Forum de l'article